aimer jésus
aimer jesus
jésus christ dieu existe t il
Jesus
bible
islam
jesus
christianisme

Paroles de Cœur
Toi qui cherche la vérité
Dieu vous aime ?
Histoire du christianisme
La chronologie de l'église
Paul de tarse
L'influence païenne
Les conciles œcuméniques
 Sectes et hérésies
le coran parle aux chrétiens
Oh gens du livre !!
Histoire de Jésus dans le coran
Jésus, un Dieu ou un prophète?
Jésus, fils de Dieu ?
La trinité
 Jésus crucifié??
 Le péché et la rédemption
 La voie du paradis
La trinité
L'histoire de la trinité
 12 arguments contre la trinité
Réfutation logique de la trinité
 Réfutation par paroles du christ
Le saint esprit
Ce qu'en dit l'islam
Jésus: divin?
 La bible : jésus n'est pas Dieu
 Les fils de Dieu dans la bible
 Les passages interprétés
 Et les miracles?
 Questions logiques
Ce qu'en dit l'islam
La bible :Parole de dieu?
Qui a écrit les Evangiles ?
L'altération des manuscrits
Les manuscrits de la bible
Une parole inspirée ?
Catholique ou protestante
Les livres perdus de la bible
 Contradictions dans la bible
 Erreurs dans la bible
 Altérations dans la bible
 Réponse aux allégations
Ce que dit le coran
Jésus fut il crucifié
Les récits divergeant
 Qui fut crucifié?
messie témoignage de manuscrits
 La dogme du péché Original
Le péché et le salut en islam
Missionnaires reconvertis
 L'Abbé jean marie Duchemin
 Pasteur Yussuf Estes
Prédicateur  Wadie Ahmed
Ali ramadan Najil
 Sylie 
Martina habib
jésus Un jeune Kabyle
Autres
L'évangile de Barnabas
Qui est Barnabé
 Texte intégral de l'évangile
 Réponse aux accusations
Ceci est la vérité
Un vrai prophète selon la bible
 Les miracles du coran1
 Les miracles du coran2
 Les miracles du prophète
 Prédictions réalisées
 Mohammed dans la bible
 Les valeurs du prophète
 L'expansion de l'islam
Réponse Aux Désinformations
Désinformations sur le coran
Désinformations sur le prophète
Islam et terrorisme
La femme en islam
La legislation en islam

Secrours Islamique

 
  Document sans titre
INSPIRATION DE L'ÉCRITURE

 

L'inspiration de tous les livres de l'Ecriture n'est pas soutenable, pas plus que l'inspiration littérale de chacun des faits qui y sont racontés. Je prouverai cela par plusieurs arguments:

1)     Les nombreuses contradictions, qui embarrassent si souvent les interprètes, et dont on tâche de se débarrasser, tantôt en les mettant sur le compte des copistes, tantôt en forçant le sens des mots, contradictions dont nous en avons donné plus de cent exemples , ne sont, certainement pas, une preuve de l'inspiration divine.

2)       Les nombreuses erreurs de fait qui se trouvent dans l'Ecriture sont incontestables. Nous en  avons indiqué plus de cent ; et les écrits inspirés sont bien loin d'admettre de si grandes différences dans les mots, et des contradictions dans le sens.

3)       On trouve dans l'Ecriture des altérations volontaires, qu'on ne saurait assurément considérer comme inspirée.

4)       Le livre de Baruch, celui de Tobie, de Judith, de la Sagesse, l'Ecclésiastique, le 1er et le 2ème livre des Macchabées, dix versets du 10e chap. d'Esther, et six chaps. (XI. XVI.) du même livre, le chant des Trois Enfants dans le 3ème chap. de Daniel, les chaps. XIII et XIV. du même livre, sont

  • considérés par les Catholiques comme faisant partie de l'Ancien Testament.
  • Les Protestants ont, cependant, établi d'une manière indiscutable que ces livres ne sont pas authentiques
  • ; les Juifs refusent, de même, de les reconnaître.

Le 3e livre d'Esdras

  • fait partie du canon dans l'Eglise Grecque
  • les Catholiques et les Protestants aient prouvé qu'il n'a aucun caractère d'authenticité.

Le livre des Juges ne serait pas inspiré, non plus, à en croire ceux qui attribuent la composition de cet ouvrage à Phinéas, et ceux qui l'attribuent à Ezéchiel.

D'après ceux qui attribuent "Ruth" à Ezéchiel, ce livre aussi ne serait pas inspiré.

Le livre de Néhémie, d'après l'opinion générale, n'est pas inspiré surtout les 26 premiers versets du chap. XII.

Le livre de Job n'est pas non plus inspiré, selon Maimonide, le Clerc, Michaëlis, Semler, l'Evêque Stock, Théodore, et le grand fondateur de la secte protestante, Luther ; il ne peut pas l'être non plus selon ceux qui l'attribuent à Elihu, ou à un de ses descendants.

Les chaps. XXX. et XXXI. des Proverbes de Salomon ne sont pas reconnus comme inspirés ; l'Ecclésiaste ne l'est pas non plus selon les Talmudistes : les mêmes doutes existent à l'égard du Cantique des Cantiques d'après Théodore, le père Simon, le Clerc, Whiston, Semler, et Castalio. Le savant Stahelin rejette 27 chapitres d'Isaïe.

L'Evangile de Matthieu n'est pas d'inspiration divine, vu qu'il a été établi que l'original, perdu depuis un temps immémorial, était en hébreu, et que celui que nous possédons maintenant n'est qu'une traduction dont on ignore l'auteur.

L'Evangile de Jean est apocryphe aussi, selon Stahelin et Bretschneider. Grotius refuse d'admettre l'authenticité du dernier chapitre de cet Evangile. Toutes les Epître de Pierre, l'Epître de Jude, celle de Jacques, la 2ème et la 3ème de Jean, et l'Apocalypse de Jean. donnent lieu aux même objections, ainsi que nous l'avons déjà vu au chap. II de ce livre.

5)       Horne dit dans son Introduction (éd. de l 822, vol. I p. 13 l ) . "En admettant que quelques livres des prophètes ont été perdus, il faudra admettre que ces livres n'étaient pas inspirés. Augustin a montré cela par des arguments très sérieux. "Il y a une foule de faits", dit-il, "dans l'histoire des rois de Juda et d'Israël, pour lesquels on nous renvoie à des écrits de prophètes qui ne se trouvent point dans le canon reconnu par l'Eglise". Il ne peut donner de ce fait d'autre explication, que celle-ci : les écrits des prophètes se divisent en deux parties, dont une dogmatique, écrite par inspiration divine. et une autre historique, non inspirée".

Le même auteur dit (vol. I. p. 133), en parlant de la perte du livre "Des guerres du Seigneur", dont il est fait mention dans les Nombres (XXI. 14 ) . "Ce livre qu'on croit perdu, est, d'après le savant Dr.Lightfoot, un ouvrage composé par Moïse, après qu'il eut défait les Amalécites, pour l'instruction de Josué. Ce livre contenait une exposition historique de la guerre et des instructions sur les mesures à adopter à l'avenir, et ne pouvait pas faire partie du canon, n'étant qu'un ouvrage de circonstance, nullement inspiré". Dans la note (II.) de l'appendice au 1er vol. Horne ajoute : "Quand on dit que les Ecritures sont d'inspiration divine, nous ne devons pas entendre que le Tout-Puissant a suggéré chaque mot, ou dicté chaque expression. De la diversité des styles dont ces livres sont écrits, et de la différente manière dont les mêmes faits sont racontés ou prédits par les différents auteurs, il paraît que les écrivains sacrés avaient le pouvoir d'écrire chacun selon son tempérament, sa capacité, et ses habitudes". Il ajoute que ces écrivains ne recevaient l'inspiration divine que quand il était nécessaire, et qu'il y a plusieurs sortes et plusieurs degrés d'inspiration.

6)       Dans le dernier volume du Commentaire de Henry et Scott on lit ce qui suit, pris de l'ouvrage d'Alexander sur le Canon : "Il n'est point nécessaire d'admettre que tout ce qu'un prophète a écrit soit révélé ou canonique. Le fait que Salomon a écrit un livre canonique ne prouve pas que toutes les autres compositions du même auteur ont ce caractère. Il ne faut pas oublier que les Prophètes et les Apôtres ne recevaient l'inspiration divine que dans des occasions spéciales et pour des sujets particuliers". L'ouvrage d'Alexander est très estimé chez les Protestants.

7)       Je lis dans la "Cyclopédia Britannica", ouvrage auquel ont collaboré les savant anglais les plus distingués (vol. XI. p. 274) : "On a longuement discuté cette question de l'inspiration littérale de l'Ecriture. Jérome, Grotius, Erasme, Procope, et une foule de théologiens récents se sont prononcés contre la doctrine de l'inspiration littérale". On lit dans un autre endroit du même ouvrage (vol. XIX. p. 20) : "Ceux qui soutiennent la théorie de l'inspiration littérale doivent rencontrer de grandes difficultés dans la démonstration pratique". Il y est dit aussi : "Si l'on nous demandait . Quelles sont les parties de l'Ecriture que nous admettez comme inspirées ? nous répondrions : Nous ne saurions nous refuser à reconnaître l'Inspiration de tous les livres et de tous les passages qui établissent un point quelconque du dogme ; quant aux circonstances particulières, les Apôtres ont pu les retenir sans besoin de révélation".

8)       On lit dans la "Rees Cyclopedia", ouvrage publié par le Dr Rees et par plusieurs autres savants anglais, et qui jouit d'une grande autorité (vol. XIV ) : "On a soutenu que l'inspiration de l'Ecriture s'accorde difficilement avec les erreurs qu'on y trouve. et avec la conduite des personnages auxquels on en attribue la rédaction. comparez., par exemple, les versets 19 et 20 du chap. X. de Matthieu, et Marc XIII. 11 , avec les Actes des Apôtres XIII. 1 -6.

On a dit aussi que les Apôtres ne se regardaient pas, les uns les autres. comme des hommes inspirés, ainsi qu'on le voit par leur discussions au concile de Jérusalem, et par la conduite de Paul à l'égard de Pierre. On a dit aussi que les premiers Chrétiens ne regardaient pas les Apôtres comme impeccables (Actes des Apôtres, XI. 2. 3, XXI. 20-24). On a dit aussi que Saint Paul, qui ne se regardait inférieur en rien aux plus excellents Apôtres (2 Cor. XI. 5, XII. 5), ne se considérait pas pour cela toujours comme inspiré ( 1 Cor. VII 10, 12, 25, 40 ; 1 Cor XI. 17 ; 2 Cor.). D'ailleurs, les Apôtres ne disent jamais qu'ils vont parler au nom de Dieu. Michaëlis a apprécié les arguments des deux partis avec le calme et l'impartialité qui sont indispensables dans un sujet aussi grave, et il est d'avis que dans les Epîtres, l'inspiration est certainement utile, mais que. dans la partie historique, comme les Evangiles et les Actes, le défaut d'inspiration n'est pas nuisible et peut même être de quelque utilité.

Les véritables preuves de la foi chrétienne sont la mort du Christ, sa résurrection, et ses miracles, attestés par les Evangélistes, considérés comme historiens. Leur témoignage en pareille matière, doit avoir la même valeur que tout autre, car dire que les faits racontés dans les évangiles son vrais parce qu'ils sont écrits sous l'inspiration divine, est une pétition de principe ; l'inspiration dépend, en effet, de la vérité de ces faits ; ainsi le témoignage des Evangélistes doit être accepté. en lui-même, et indépendamment de leur inspiration. M. Cardwell dans son traité sur l'inspiration de l'Ecriture. adopte les vues de Michaëlis. Quant aux livres attribués aux disciples des Apôtres, tels que l'Evangile de Marc, celui de Luc, et les Actes, Michaëlis hésite fort à les considérer comme inspirés".

9)       Waston dit, d'après Benson, dans le 4e volume de son traité de l'inspiration des Ecritures, que l'Evangile de Luc n'est pas inspiré. Il cite à l'appui de cela le commencement de cet Evangile (vers. 1 -4) : "Plusieurs ayant entrepris d'écrire l'histoire des choses dont la vérité a été connue parmi nous avec une entière certitude, selon que nous les ont apprises ceux qui les ont vues eux-mêmes dès le commencement. et qui ont été les ministres de la parole. j'ai cru aussi, très excellent Théophile, que je devais te les écrire par ordre, après m'en être exactement informé dès leur origine ; afin que tu reconnaisses la certitude des choses dont tu as été instruit". Tel est aussi le sentiment des premiers Chrétiens.

Irénée dit que Luc nous a transmis ce qu'il avait appris des Apôtres ; Jérôme dit que Luc tient ses renseignements non seulement de Paul, qui n'a pas connu personnellement le Christ, mais aussi des Apôtres. Watson ajoute (loc. cit) : "En matière de foi, et lorsqu'ils énonçaient un point du dogme, les Apôtres avaient certainement le secours de l'inspiration. Mais dans tout le reste, ils étaient comme les autres hommes, parlaient et écrivaient d'après leurs jugements personnels et sans le secours de l'inspiration. Dans la vie ordinaire, ils agissaient selon leurs lumières, et ne suivaient aucune inspiration en parlant ni en écrivant.

Ainsi Paul a pu écrire à Timothée sans aucune inspiration : 'Ne continue pas à ne boire que de l'eau ; mais use d'un peu de vin à cause de ton estomac et de tes fréquentes indispositions' ( I Tim. V. 23) ; et au même, 'Quand tu viendras, apporte avec toi le manteau que j'ai laissé à Troas chez Carpus, et les livres, et surtout les parchemins' (2 Tim. IV. 13 ) . De même il a pu écrire à Philémon : « Prépare moi un logis » (Phil. 22) ; et à Timothée, 'Eraste est resté à Corinthe, et j'ai laissé Trophine malade à Milet'. Ces circonstances ne me regardent pas, ce sont des détails particuliers de la vie de St. Paul. Dans la 1 ère aux Corinthiens (VII. 101 il dit : « Quand à ceux qui sont mariés, je leur ordonne, non pas moi, mais le Seigneur » et dans le même chapitre (25), 'Pour ce qui est des vierges, je n'ai point reçu de commandement du Seigneur, mais je vous donne un conseil'...

Dans les Actes (XVI. 6) on lit ces mots : 'Puis ayant traversé la Phrygie de la Galatie, le St.-Esprit leur défendit d'annoncer la parole en Asie. Mais (ajoute le ver. 7), étant venus en Mysie, ils se disposaient à aller en Bythinie, mais l'Esprit ne le leur permit pas'. Il ressort de tout cela que les Apôtres se guidaient généralement d'après leurs lumières personnelles, et que dans des circonstances spéciales, intéressant la foi, ils recevaient le secours du Saint-Esprit. Voilà pourquoi dans leur vie particulière, on voit les Apôtres se tromper comme les autres hommes (Actes XXIII. 3-5 ; Rom. XV. 24, 28 ; 1 cor. XVI. 5-8 ; 2 cor . XI. 15- 18)". Je lis, aussi, dans l'encyclopédie de Rees déjà citée, ce qui suit (vol. XIX.) : "Les vues du Dr. Benson au sujet de l'inspiration sont aussi claires que justes à première vue, mais on ne tarde pas à voir combien elles sont peu fondées dès qu'on les met à l'essai".

10)   Beausobre et L'Enfant disent : "L'Esprit-Saint, par l'enseignement duquel les Evangélistes et les Apôtres ont écrit, ne leur prescrivait pas les mots mêmes qu'ils avaient à dire, mais leur en donnait le sens général, pour les préserver de l'erreur. De même que nous trouvons, dans les différentes parties de l'Ancien Testament, des différences qui résultent du caractère personnel et de l'éducation des rédacteurs, de même il n'est pas difficile de trouver des différences entre le style de Luc, celui de Matthieu, et celui de Marc, de Jean, de Paul". Si l'Esprit avait révélé les expressions mêmes dont ils se servent, il serait impossible d'y trouver la moindre différence, et tous les Livres Saints seraient écrits, précisément dans le même style. De plus, dans la partie historique, celle où les écrivains rapportent ce qu'ils ont vu et entendu, il n'est pas besoin de révélation.

Ainsi, Luc nous dit qu'il nous racontera ce qu'il a appris des personnes mêmes qui ont vu tous les faits dont il va parler, et qu'il s'en est exactement informé dès leur origine. Il ne nous dit pas, qu'il va nous retracer l'histoire qui lui a été révélée par l'Esprit, et en effet il n'y avait pas de nécessité qu'il en fût ainsi". J'ajouterai que Beausobre et L'Enfant jouissent d'une grande autorité parmi les savants Protestants au témoignage de Horne et de Watson .

11)   Horne dit (Introd. vol. 11. p. 798, éd. 1822), que "Eichhorn est l'un des savants allemands qui ne reconnaissent pas l'inspiration de Moise". Il ajoute plus loin (p. 818) que "Schulze, Dathe, Rosenmüller, et le Dr. Geddes sont d'avis que Moïse n'était pas inspiré, et que le Pentateuque se compose des traditions qui avaient le plus d'autorité à cette époque. Cette manière de voir s'accrédite de plus en plus parmi les savants allemands. On lit plus loin : 'D'après Eusèbe et d'autres théologiens, Moïse aurait écrit la Genèse pendant qu'il était pâtre dans le désert de Madian, chez son beau-père" S'il est vrai que Moïse a écrit la Genèse avant sa mission prophétique, il s'ensuit que ce livre ne peut pas être considéré par les savants comme inspiré. En effet, si, au dire de Horne, et des autres savants que nous venons de citer, tout ce qu'écrit un prophète pendant l'exercice de sa mission n'est pas nécessairement inspiré, comment un écrit fait avant cette mission le serait-il ?

Ward dit (p. 48) : Luther dit (Œuvres, vol. III. pp. 40, 41) : "Je ne veux ni entendre ni voir Moise, car il n'a été envoyé que pour les Juifs " . il dit aussi : "Je ne veux point accepter Moïse, avec sa loi, car il est l'ennemi du Christ". "Moïse (dit encore Luther) est le premier des bourreaux. Le Décalogue n'a rien à faire avec la foi chrétienne". L'un des principaux disciples de ce fameux Réformateur, Islébius, ne voulait pas : "Qu'on enseignât (ou prêchât) le Décalogue dans les Eglises", et donna naissance à la secte des Antinomiens, qui soutenaient que la Loi de Dieu ne méritait pas d'être appelée la Parole de Dieu ; qu'on pouvait être "une prostituée, un marchand de prostituées, un adultère, ou adonné à tous autres péchés", pourvu qu'on eût la foi, on marcherait (tout de même) dans le sentier du salut . "Quand tu es noyé (ajoutaient-ils) dans le péché, même jusqu'au fond. si tu crois, tu es au centre de la félicité. Tous ceux qui se soucient de Moïse, id est, des dix commandements, appartiennent au diable, à la potence avec Moïse". Voilà, donc, ce que l'un des plus grands docteurs protestants, et son disciple, disent à l'égard de Moïse et de sa Loi.

S'il est vrai que le Décalogue n'a rien à faire avec la loi chrétienne. que Moise est l'ennemi du Christ, que rien dans l'Ancien Testament n'est d'inspiration divine, les Luthériens devront admettre que le polythéisme, l'idolâtrie, le vol, l'adultère, le faux témoignage, sont les fondements de la doctrine protestante, car ils sont contraires aux préceptes mosaïques et aux dix commandements. Un théologien protestant me disait : "chez nous Moïse n'est pas prophète, mais simplement un homme de génie, un législateur". Un autre me dit :"Pour nous Moïse n'était qu'un brigand et un voleur". Je lui dis : "Ne dites pas de choses pareilles". "Pourquoi", répondit-il  "le Christ n'a-t-il pas dit : « tous ceux qui sont venus avant moi, ont été des larrons et des voleurs, et les brebis ne les ont point écoutés » (Jean X. 8 ) . Ces mots : « tous ceux qui sont venus avant moi » ajouta-t-il, s'appliquent à Moise et à tous les prophètes hébreux" Ne serait-il pas possible que les partisans et les promoteurs de cette doctrine fussent, eux-mêmes, l'objet des paroles du Christ.

12)    Luther dit que l'Epître de Jacques n'a aucune valeur canonique. Jacques dit dans son Epître (V. 14) : "Quelqu'un est-il malade parmi vous ? Qu'il appelle les pasteurs de l'Eglise, et qu'ils prient pour lui, et l'oignent d'huile au nom du Seigneur". Luther observe à ce propos (Œuvres. vol. II.) :"En admettant même que cette Epître fût de Jacques, je dirai qu'il n'est pas permis à un Apôtre, par son autorité privée, d'instituer un Sacrement ; cela appartient au Christ seul".

Non seulement l'Epître de Jacques, mais toutes les institutions des Apôtres, seraient sans valeur, d'après Luther ; c'est la conclusion qu'il faut tirer de ces mots : "Cela (c'est-à-dire ce droit) appartient au Christ seul". Thomas Ward dit, en outre : "Poméran, théologien protestant fort réputé, et disciple de Luther, écrit au sujet de l'Epître de Jacques : 'Il (Jacques) conclut d'une manière ridicule . il cite l'Ecriture contre l'Ecriture, ce que le Saint-Esprit ne saurait approuver ; c' est pourquoi cette Epître peut ne point être comprise parmi les autres livres qui proclament la justification par la foi". "Vitus Théodorus, prédicateur protestant de Nuremberg dit .

'C'est à dessein que nous avons écarté l'Epître de Jacques et l'apocalypse de Jean, parce que l'Epître de Jacques, non seulement est condamnable dans certains endroits où il (l'Apôtre) donne trop le pas aux œuvres sur la foi, mais toute la doctrine, aussi, en est un assemblage disparate de pièces rapiécées qui ne s'accordent pas entre elles". Les Centuristes Magdébourgiens disent que "l'Epître de Jacques s'écarte trop la doctrine apostolique en proclamant que la justification n'est pas seulement par la foi, mais par les œuvres aussi, et appelle la Loi, une Loi de Liberté". On voit, par ce qui précède, que tous ces grands savants ne reconnaissent pas à l'Epître de Jacques une inspiration divine, tout comme leur fameux guide.

13)    "Clébitius, éminent docteur protestant (dit, en outre, le même Ward) oppose les Evangélistes l'un à l'autre : Matthieu et Marc, dit-il annoncent le contraire ; par conséquent Matthieu et Marc étant deux témoins, méritent plus de crédit que Luc seul". Il ressort de cela :

1) Qu'il y a des différences de fond entre ces Evangélistes.

2) Que leurs Evangiles ne sont pas révélés, autrement on ne pourrait pas établir des comparaisons, entre eux, au point de vue du plus ou du moins d'autorité de leurs récits.

14)   Paley a publié un travail sur l'authenticité de l'Ecriture, qui a été imprimé en 1850, et qui jouit d'une grande autorité parmi les théologiens protestants. Il y est dit (p. 323 ) . "Le second reproche qu'on fait aux premiers Chrétiens, c'est d'avoir cru à une fin prochaine du monde. Je ferai remarquer ici que Notre Seigneur a dit à Pierre : 'Si je désirais que Jean reste jusqu'à me venue, qu'est-ce que cela te fait ?' On donna à ces mots un sens qu'ils n'avaient pas, et on crut que Jean ne serait pas mort ; cette opinion se répandit parmi les Chrétiens de ce temps.

Supposons que l'origine de cette croyance eût été oubliée, et qu'elle nous eût été transmise comme étant la croyance générale des Chrétiens, serait-il juste de s'en prévaloir comme d'un argument contre la religion chrétienne ? On peut appliquer le même raisonnement à cette croyance à la fin du monde, que les premiers Chrétiens croyaient être prochaine, sur la foi des l'Evangile et des Epîtres ? La difficulté que nous tâcherons de résoudre dans ce chapitre se pose ainsi : la faillibilité des Apôtres étant admise, jusqu'à quel point pouvons-nous avoir confiance dans leur jugement ?

A cette question le défenseur du Christianisme pourra répondre, en discutant avec les adversaires de la foi : 'Donnez-moi le témoignage de l'Apôtre, et je n'ai pas besoin de leur jugement ; donnez-moi les faits, et j'aurai tout ce qu'il me faudra pour les conclusions que je veux en tirer'.

Cette réponse n'est pas la seule que l'apologiste chrétien pourrait donner ; il y a aussi une double distinction qu'il devra faire, pour dissiper toute incertitude en cette matière. En premier lieu, il faut séparer l'objet avoué de la mission des Apôtres de toutes les circonstances secondaires qui l'accompagnent, et dont quelques-unes sont entièrement étrangères à la mission apostolique, et d'autres n'ont avec elle qu'une relation passagère et fortuite. Quant aux premières, il n'est pas nécessaire d'en parler. Nous ne dirons que quelques mots des circonstances fortuites.

La possession démoniaque en est un exemple : ce n'est pas ici le lieu de discuter la réalité de ce phénomène, ni d'exposer les arguments de part et d'autre. Je me bornerai à remarquer que l'on peut admettre, sans compromettre aucunement la vérité du Christianisme, qui c'était là une opinion erronée et généralement répandue dans ces temps, et que les Apôtres ont partagée avec tous les autres écrivains juifs de cette époque.

Cette doctrine ne fait point partie de l'enseignement de Jésus ; elle figure incidemment dans les récits chrétiens de cette époque, comme une superstition locale ; la révélation du Christ n'avait pas pour objet d'expliquer l'action des êtres spirituels sur les corps animés. Dans tous les cas cette croyance n'a rien à faire avec le dogme. En second lieu, nous devons distinguer les doctrines des Apôtres de leurs arguments. Leurs doctrines leur viennent d'une révélation, au sens propre du mot, mais en exposant ces doctrines dans leurs récits et dans leurs discours, ils les expliquaient et les confirmaient par les analogies et les arguments qui leur venaient à l'esprit.

Ainsi l'admission des gentils à faire profession du Christianisme sans devoir passer d'abord par la Loi de Moise, fut donnée aux Apôtres par révélation.

Cependant Saint Paul, en exposant cette doctrine, apporte une foule d'arguments à l'appui. La doctrine doit être reçue ; mais est-il nécessaire pour défendre le Christianisme, de faire l'apologie de chacun des arguments dont l'Apôtre a fait usage ? La même observation s'applique à tous les cas analogues. Quand les théologiens discutent un point du dogme, dit Burnet, nous devons toujours admettre comme révélée la doctrine qui résulte comme conséquence de l'objet de leurs discussions ; mais nous ne sommes pas obligés de défendre, ou même d'admettre. toutes les considérations qu'ils mettent en avant". Il y a quatre observations à faire sur ce passage :

1)     Il résulte d'abord des paroles de Paley que les premiers Chrétiens, et même les Apôtres, croyaient que le monde finirait bientôt, et que Jean ne mourrait pas. Bames dit dans son Commentaire sur le 21e chapitre de Jean : "Cette croyance à l'immortalité de Jean a eu pour origine quelques paroles ambiguës du Christ, qui ont été mal interprétées, et se confirma de plus en plus, lorsqu'on vit Jean survivre à tous les autres". Le Commentaire de Henry et Scott dit . "Les paroles du Christ ont été mal comprises par les Apôtres. qui crurent que Jean ne devait pas mourir, ou qu'il serait transporté tout vivant au ciel. ... On doit apprendre par cela combien il faut se méfier des traditions, surtout celles qui se rapportent à la foi ; voilà une tradition qui a été adoptée par les Apôtres et reçue généralement parmi les premiers Chrétiens, et qui repose cependant sur une méprise". Il ajoute dans un autre passage . "Les Apôtres ont mal compris les paroles de Jésus, ainsi que le dit l'Evangéliste". Il résulte de cela que les Apôtres ont tous mal compris ; s'il fallait juger leur croyance à la fin du monde par leur croyance à l'immortalité de Jean, on devrait la prononcer aussi comme erronée.

2)     Paley reconnaît que les objections que l'on peu faire aux circonstances secondaires, qui sont étrangères au dogme, ou qui s'y rattachent accidentellement, si elles sont erronées, n'atteignent pas le fond du Christianisme.

3)     Il admet que les arguments personnels des Apôtres peuvent être combattus sans toucher à la foi.

4)     Il affirme que l'action des mauvais esprits sur les corps est chose imaginaire provenant d'une erreur, et que cette erreur a été partagée par les Apôtres et par le Christ, lui même, parce qu'elle était l'opinion générale du pays où ils vivaient. Or, en admettant ces quatre points, on est conduit à nier l'inspiration de la moitié, au moins, des écrits Evangéliques ; il ne resterait d'inspiré , d'après ce commentateur, que les dogmes fondamentaux et les institutions ou sacrements. essentiels ; mais cette dernière opinion est contraire à celle du grand champion de la réforme, Luther, qui ne reconnaît pas à un Apôtre le droit d'instituer, de son chef, des sacrements, cela étant du ressort exclusif du Christ. Par conséquent, ni les institutions, ni les dogmes, que nous ont transmis les Apôtres, ne sauraient être considérés comme révélés.

15) Dans son ouvrage. le dit Thomas Ward expose l'opinion des principaux théologiens protestants en désignant les sources où il a puisé. J'en rapporterai ici quelques-unes.

1)     Zuingle et plusieurs autres docteurs protestants affirment que "tout ce qui est dans les Epîtres de St. Paul n'est pas sacré, et que, dans les détails, il s'est trompé".

2)     M. Fulk accuse Pierre d'erreur et d'ignorance de l'Evangile.

3)     Le Dr. Goad a dit, dans sa polémique avec le père Campion, que Pierre a erré dans la foi, et cela après la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres.

4)     Brentius dit que Pierre et Barnabas, ainsi que l'Eglise de Jérusalem, ont erré après la descente du Saint-Esprit.

5)     Jean Calvin affirme que "Pierre a ajouté au schisme de l'Eglise, au détriment de la liberté chrétienne et à l'anéantissement de la grâce du Christ".

6)     Les Magdébourgiens suivent l'exemple de Luther en accusant d'erreur les Apôtres, particulièrement St. Paul "par la persuasion de Jacques".

7)     Whitaker dit : "Il est évident que, même après l'ascension du Christ et la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, l'Eglise entière, non le commun des Chrétiens, mais aussi les Apôtres eux-mêmes, errèrent dans la vocation des gentils ; oui, Pierre aussi a erré ; il a erré, en outre, les convenances, et ceux-ci étaient de grands disciples de Calvin . "Si Paul venait prêcher à Genève à la même heure que Calvin, nous quitterons Paul et irions entendre Calvin". Lavater dit que "quelques-uns des disciples de Luther, et non les moindres parmi leurs docteurs, disaient qu'ils mettraient en doute la doctrine de Paul, plutôt que la doctrine de Luther ou la Confession d'Augsbourg". Telles sont les opinions des plus réputés parmi les savants protestants ; comme on le voit, tous s'accordent en ceci, que toutes les paroles du Nouveau Testament ne sont pas d'inspiration divine, et que les Apôtres ont été sujet à erreur.

 

16) Norton rapporte dans la préface de son ouvrage (déjà cité) ce passage d'Eichhorn : "si nous ne voulons pas être influencés par des contes oiseaux et par une tradition sans appui, mais par la seule et certaine évidence de l'histoire, nous devons conclure que, avant nos Evangile actuels, d'autres Evangiles, décidément différents, étaient en circulation et servaient à l'instruction des Chrétiens". Il suppose, ajoute Norton, que ces Evangiles primitifs et nos trois premiers Evangiles, c'est-à-dire, ceux de Matthieu, de Marc, et de Luc, ont tous eu une origine commune, et il donne les détails suivants sur la manière dont il conçoit que ces Evangiles ont été formés.

Il suppose qu'il y avait dès les premiers temps une courte esquisse historique de la vie de Jésus, qu'on peut appeler l'Evangile Original Cet écrit était probablement destiné à l'usage de ceux-là, parmi les assistants des Apôtres dans l'œuvre de l'enseignement du Christianisme, qui n'avaient pas, eux-mêmes, vu les œuvres et entendu les discours du Christ. Ce n'était, cependant, qu'une "esquisse informe", un récit succinct et imparfait, sans plan historique, ni méthode dans la disposition des faits. Sous ce rapport il était, d'après Eichhom, bien différent de nos quatre Evangiles actuels. "Ceux-ci", dit-il, "ne sont pas une esquisse informe comme doit l'avoir été le premier essai sur la vie de Jésus, mais il sont, au contraire, des ouvrages écrits avec art et avec soin, et contiennent des parties de sa vie, dont aucune mention n'avait été faite lors de la première prédication du Christianisme".

Cet Evangile Original a servi de base à la fois, aux Evangiles primitifs. dont on se servait pendant les deux premiers siècles, et à nos trois premiers Evangiles actuels qui, avec l'Evangiles primitifs doivent avoir plus ou moins retenu quelque chose de la rudesse et de l'imperfection et insuffisance de l'Evangile Original. Mais bientôt ils tombèrent entre les mains de personnes qui entreprirent d'en corriger les défauts et d'en remplir les lacunes, sous le double rapport du cadre général historique et de l'exposition des faits particuliers. Non contentes d'une vie de Jésus qui, comme l'Evangile des Hébreux et ceux de Marcion et de Tatien, commençaient à sa prédication, quelques personnes ont, dès les premiers temps, mis à la tête des Mémoires dont se servait Justin le Martyr, et de l'Evangile de Cérinthe, une histoire de sa généalogie, de sa nativité, et de la période de sa jeunesse.

C'est ainsi qu'en comparant entre eux, dans les passages parallèles, les fragments qui nous restent de ces Evangiles, nous trouvons qu'ils recevaient des additions continuelles. La voix du Ciel, entendue lors du baptême de Jésus, était, dit-on, à l'origine : « Tu es mon fils aujourd'hui je t'ai engendré » ainsi qu'elle est citée deux fois par Justin le Martyr. Clément D'Alaxandrie a trouvé ces mêmes paroles dans un Evangile, au sujet du quel nous n'avons aucun renseignement, mais augmentées du mot "bien-aimé'-. « Tu est mon fils bien-aimé aujourd'hui  » . D'autres Evangiles portaient : « Tu es mon fils bien-aimé en qui j'ai trouvé mon plaisir », comme elles se trouvent dans les Evangiles catholiques c'est-à-dire, dans Marc I 11.

Dans l'Evangile des Ebionites, selon Epiphane, les deux versions sont réunies ainsi : « tu es mon fils bien-aimé en toi j'ai trouvé mon plaisir puis aujourd'hui je t'ai engendré ». Par ces continuelles acquisitions, le texte original de la vie de Jésus se perdit dans une masse d'additions, tellement que ses paroles ne furent plus, parmi ces additions, que comme des passages isolés. Sur ce fait, toute personne peut satisfaire sa curiosité par le récit du baptême de Jésus, qui est rédigé d'après différents Evangiles. La conséquence nécessaire de cet état des choses, fut que la vérité et le mensonge, les récits authentiques et les récits fabuleux, du moins ceux qui, à travers une longue tradition ont été défigurés ou falsifiés, furent confusément réunis ensemble. Plus ces récits passaient de bouche en bouche, plus ils se défiguraient et devenaient incertains. Enfin dans les dernières années du 2ème siècle, et les premières du troisième, l'Eglise, dans le but de conserver, autant que faire se pouvait, les récits authentiques sur la vie de Jésus, et de les transmettre à la postérité aussi exempts d'erreur que possible, choisit, parmi les nombreux évangiles qui existaient alors, quatre, qui offraient les plus grands indices de crédibilité, et étaient assez complets pour suffire à l'usage de la Chrétienté.

Il n'y a pas de traces de nos Evangiles actuels de Matthieu, de Marc, et de Luc, avant la fin du deuxième siècle et le commencement du troisième. Irénée, vers l'an 202, est le premier qui ait parlé d'une manière positive de quatre évangiles, et il imagine toutes sortes de raisons pour justifier ce nombre , et Clément d'Alexandrie, vers 216, s'efforça de réunir plusieurs données, concernant l'origine de ces quatre Evangiles, afin de prouver qu'eux seuls levaient être reconnus comme authentiques. Par ces faits, il devient évident que c'était vers la fin du 2ème siècle et le commencement du troisième que l'Eglise s'efforça, pour la première fois, d'établir l'autorité universelle de ces quatre Evangiles, - qui existaient avant, si non tout à fait dans leur forme actuelle, toutefois, sous plusieurs rapports, tels que nous les possédons, - et le les faire accepter par toute la Chrétienté à l'exclusion de tous les autres évangiles qui existaient à cette époque.

L'Eglise aurait rendu un bien plus rand service à la postérité si, avec l'Evangile de Jean, elle eût confirmé, par autorité publique, seulement l'informe esquisse primitive de la vie de Jésus, qui avait été donnée aux premiers missionnaires à l'appui de leurs prédications, après l'avoir débarrassée de toute la matière étrangère qui y avait té ajoutée. Mais une telle opération n'était plus possible, attendu qu'il , existait pas de copie exempte de toute addition. et l'opération critique de séparer cette matière étrangère était trop difficile pour ces temps. Eichhorn joute dans une note, continue Norton : "Plusieurs écrivains ecclésiastiques avaient des doutes sur l'authenticité de quelques parties de nos évangiles, mais le manque d'habilité critique les a empêchés de venir à une décision " . Il faut remarquer, cependant, que le seul écrivain ecclésiastique qu'il (Eichhorn) cite l'appui de cette assertion est Faustus, le Manichéen bien connu du 4° siècle.

En traitant des additions et altérations continuelles, qu'il suppose avoir été faites au texte de l'Evangile Original avant qu'il pût prendre la forme où l'ont trouvé les trois premiers Evangélistes, Eichhorn dit : "Cette manière arbitraire de traiter les écrits d'autrui, de sorte qu'ils pussent entrer dans la circulation ainsi altérés. est , de nos jours. chose inouïe et impossible, parce qu'elle est empêchée par le grand nombre des copies imprimées ; mais, ajoute-t-il, c'était différent avant l'invention de l'imprimerie. En copiant un manuscrit, les altérations les plus arbitraires étaient considérés comme permises, du moment qu'elles n'affectaient qu'une propriété particulière.

Mais ces manuscrits altérés étant recopiés, sans que le copiste se donnât la peine de s'assurer si l'exemplaire qu'il copiait contenait le vrai texte de l'auteur, des copies corrompues ont pu ainsi entrer inaperçues dans la circulation. N'a-t-on pas souvent remarqué, par les chroniques du Moyen Age, dont il existe plusieurs manuscrits, que ces manuscrits s'accordent à vous présenter le même texte, ou également copieux, ou également bref ? Que de plaintes ne lisons-nous pas, dans les pères des premiers siècles, contre les altérations arbitraires que faisaient, dans leurs écrits publiés peu de temps avant, les possesseurs, ou les copistes des manuscrits .

A peine quelques copies des Lettres de Dionysius de Corinthe furent-elles mises en circulation que des Apôtres de Satan, comme il le dit lui-même, les remplirent d'ivraie par la suppression de certaines choses et l'addition d'autres ' et les Saintes-Ecritures, elles-mêmes, d'après son propre témoignage, n'ont pas pu échapper à ce sort. Si les copistes ne s'étaient pas permis de faire, dans les écrits d'autrui, les altérations les plus arbitraires, aurait-il été aussi habituel que nous le voyons, chez les auteurs de ces temps, d'adjurer les lecteurs, à la fin de leurs écrits, de n'y point faire des changements, et d'énoncer les plus terribles anathèmes contre ceux qui les feraient ? Les histoires de Jésus doivent, elles aussi, avoir subi le même traitement.

Celsus ne reproche-t-il pas aux Chrétiens d'avoir changé les Evangiles trois, quatre fois, et même davantage ? D'où vient-il, si ce n'est de cette cause, que nous trouvons encore des fragments des Evangiles apocryphes, où tous les récits, concernants certaines périodes de la vie de Jésus, et qui ailleurs se trouvent éparpillés dans différents Evangiles, sont mis ensemble, combinés en un seul tout ? L'Evangile apocryphe des Ebionites, cité par Epiphane, a réuni ensemble tous les détails relatifs au baptême de Jésus, qui se trouvent épars dans nos trois premiers Evangiles, et dans les Mémoires des Apôtres dont a fait l'histoire de nos Evangiles catholiques, remarque-t-il (Eichhorn) ailleurs, ajoute encore Norton, nous voyons des hommes. sans aucune connaissance critique, occupés à altérer leur texte, tantôt en l'abrégeant, tantôt en l'étendant, ou en y substituant, l'un à l'autre, des termes synonymes.

Est-ce chose à s'en étonner ? Depuis la première existence d'histoire écrites de Jésus, il était d'usage, chez les possesseurs de manuscrits, de faire des altérations dans le texte suivant les notions particulières qu'ils avaient de sa prédication, de ces œuvres et des divers événements de sa vie. C' est ainsi que la seconde et la troisième génération n'ont fait que continuer, à l'égard des Evangiles, une pratique que la première avait commencée. Cette pratique était si généralement connue au deuxième siècle, que ceux-là, même, qui n'étaient pas Chrétiens, en avaient eu connaissance.

Celsus reprochait aux Chrétiens d'avoir altéré leurs Evangiles deux, trois fois et même davantage. Clément, aussi, à la fin du deuxième siècle, parle de ceux qui corrompaient les Evangiles, et met à leur charge le fait que, dans Matthieu V. 10. au lieu des mots : « car le royaume des cieux est à eux », on lise dans quelques manuscrits : « car ils seront parfaits ». et dans d'autres : « car ils auront un séjour où ils ne seront point persécutés ».

Ici se termine l'exposé de la théorie d'Eichhom par Norton ; après quoi, ce dernier continue à parler en son nom. "Ces passages", dit-il, "d'Eichhorn ne doivent pas être considérés comme exprimant les opinions personnelles d'un écrivain. Aucun ouvrage, de la même nature que son Introduction au Nouveau Testament. n'a été reçu en Allemagne avec une plus grande approbation ; et ses notions concernant les Evangiles, ou autres écrits du même caractère général, et affectant d'une manière essentielle la croyance en leur authenticité, sont partagées par beaucoup d'écrivains allemands modernes".

Norton, écrivant pour défendre l'authenticité des Evangiles, essaie de réfuter les opinions d'Eichhorn, après l'avoir cité ; avec quel succès il l'a fait, ceux qui ont lu son ouvrage le savent. Malgré cela, il reconnaît lui-même, que sept différents passages des Evangiles sont des interpolations.

1)     Il déclare que les deux premiers chapitres de Matthieu ne sont pas de cet Evangéliste.

2)     Que l'histoire de Judas Iscariote, dans Matthieu (XXVII. 3-10), est une addition postérieure.

3)     Que les versets 52 et 53 du même chapitre sont également des interpolations.

4)     Que douze versets du chapitre XVI. de Marc (9-30) sont apocryphes.

5)     Que les versets 43 et 44 du chapitre XXII. de Luc sont interpolés.

6)     Que ces paroles de Jean (V. 3, 4), "... et qui attendaient le mouvement de l'eau ; car un ange descendit en un certain temps dans le réservoir et en troublait l'eau ; et le premier qui descendait, après que l'eau avait été troublée, était guéri de quelque maladie qu'il fût détenu", ne sont pas de l'Evangéliste.

7)     Que les versets 24 et 25 du chapitre xxi. de Jean sont, aussi, interpolés. Tous ces endroits ne sont donc pas inspirés selon ce critique. Il ajoute (p. 61 ) . "Les fictions de la tradition orale se sont mêlées aux miracles rapportés par Luc, l'écrivain les ayant ajoutées par exagération poétique, et il est impossible, en ce moment, de discerner ce qui est authentique et ce qui ne l'est pas".

Comment, des récits qui ont le caractère de l'exagération poétiques seraient il inspirés ? Il résulte, donc, des paroles d'Eichhorn que nous avons rapportées plus haut :

1) Que l'Evangile primitif s'est perdu.

2) Que dans les Evangiles actuels le vrai est mêlé à des traditions apocryphes.

3) Que le texte en a été altéré, et que Celsus reproche aux . leurs Evangiles plus de trois Chrétiens, dès le 2ème siècle, d'avoir déjà change ou quatre fois.

4) Qu'on ne trouve aucune mention de ces trois Evangiles avant la fin du 2ème siècle ou le commencement du 3ème. La théorie d'un Evangile primitif dont le texte se serait perdu, et où Matthieu, Luc, et Marc auraient puisé, a été soutenue aussi par le Clerc, Koppe Michaëlis, Lessing, Niemeyer, et Marsh (cf Horne, vol. IV. p. 295, édit. de 1822). Horne désapprouve les opinions de ces savants, mais sa désapprobation ne nuit pas à notre thèse.

17) Les Chrétiens croient généralement que les deux livres des Chroniques ont été composés par Esdras, avec le concours d'Aggée et de Zacharie. Mais ces trois prophètes se trompent dans le 1er livre, en parlant des enfants de Benjamin. et confondent les fils avec les petits-fils. Les commentateurs expliquent cela en disant qu'Esdras avait sous les yeux des tables généalogiques fautives. Mais cela même prouve que les trois prophètes, auteurs des Chroniques, ne les ont pas écrites par inspiration divine, autrement ils n'auraient pas suivi des généalogies. fautives comme, dans l'estimation des Gens du Livre (id est, les chrétiens et les Juifs), il n'y a aucune différence entre ces livres et les autres écrits de l'Ancien Testament, nous pouvons appliquer, par induction, le même raisonnement à ces derniers, et nous ajouterons que, de même que, d'après eux aussi (les Gens du Livre), les prophètes ne sont pas impeccables, de même ils ne sauraient être infaillibles, et peuvent ne pas avoir tout écrit sous l'inspiration divine.

Il n'est, donc, pas possible, à aucun des Docteurs Chrétiens, de soutenir que tel ou tel livre de l'Ancien ou du Nouveau Testament, ou tel ou tel fait ou détail, aient été écrits par l'effet d'une révélation spéciale. Cela posé, nous disons que les textes originaux de l'Ancien et du Nouveau Testament, se sont perdus avant la mission de Mohammed, que la bénédiction et la paix soient sur lui !

Ce que nous avons maintenant sous ce nom, n'est autre chose qu'une espèce de compilation réunissant les traditions authentiques et les apocryphes ; nous ne disons pas que les deux Testaments se sont conservés intacts jusqu'au temps de Notre Prophète et qu'ils ont été altérés après lui. Dieu nous garde d'une telle assertion.

Les assertions de Paul, en admettant que les écrits qui portent son nom soient réellement de lui, n'ont pas, non plus, pour nous un grand poids, parce que, dans notre croyance, Paul n'est qu'un de ces faux Apôtres qui ont paru dans la première génération, quoique chez les sectaires de la Trinité il soit considéré comme un grand Saint ; ses paroles n'ont, donc, point pour nous plus de valeur qu'une paille. Quant aux autres Apôtres, nous les croyons des hommes pieux et Saints, mais nous ne les croyons pas inspirés, après l'ascension du Christ ; leurs paroles ne peuvent avoir d'autre autorité que celle que nous accordons au témoignage d'hommes vertueux, mais sujet à erreur.

Le manque de toute tradition suivie et authentique à leur égard jusqu'à la fin du 2ème siècle, la perte de l'Evangile original de Matthieu, l'existence d'une traduction, de cet Evangile, dont on ne connaît pas jusqu'à présent le nom de l'auteur, la corruption constatée des textes, sont autant de raisons pour lesquelles nous ne devons accepter les paroles des Apôtres qu'avec la plus grande défiance. De plus, on sait que souvent ils comprenaient mal les discours de Jésus, ainsi que nous le démontrerons plus tard, s'il plaît à Dieu.

Luc et Marc n'étaient pas du nombre des Apôtres, et il n'est pas prouvé qu'ils aient écrit par inspiration.

Pour nous le Pentateuque est ce qui a été révélé à Moïse, et l'Evangile ce qui a été révélé à Jésus Christ, ainsi que nous le dit notre CORAN ; dans la sourate intitulé « LA VACHE » : "Nous avons donné le livre à Moise" ; et dans la sourate  «  LA TABLE », en parlant du Christ : "Nous lui avons donné l'Evangile". Dans la sourate intitulé « MARIE », Jésus dit de lui- même . "Il (Dieu) m'a donné le livre " . c'est-à-dire , l'Evangile. Il est dit, aussi, dans la sourate de la VACHE et dans celle de la FAMILLE D'IMRAN : "Ce que nous avons donné à Moïse et à Jésus" ; c' est à dire, le Pentateuque et l'Evangile. Les épîtres et les histoires qui existent maintenant ne sont pas l'Evangile et le Pentateuque, ou la Tora dont parle le Coran, et il n'est point nécessaire d'en reconnaître l'autorité. La seule règle que nous puissions suivre en cette matière c'est de recevoir toutes les traditions confirmées par notre livre, et de rejeter toutes celles qui lui sont contraires. Quant aux faits que le Coran passe sous silence, nous nous abstenons de les juger, et nous les regardons avec indifférence. Dans la sourate de la TABLE, Dieu dit à son Prophète : "Nous t'avons envoyé le Livre contenant la vérité, lequel conforme les livres qui l'ont précédé, et les met à l'abri de tout doute".

On lit dans l'ouvrage intitulé "MAALEM-ETTENZIL" (Signes ou Guides de la Révélation) au sujet de ce verset . "Quant on parle de la sincérité du Coran, on veut dire, comme l'explique ibn Jarih, que le Coran se rattache aux révélations qui l'on précédé ; les traditions que le Coran confirme doivent être reçues, dans le cas contraire on doit les repousser. Saïd ben Mosaïeb et Dahhak disent que le Coran est décideur. Khalil dit du Coran qu'il est "l'observateur et le conservateur . " ils entendent par là, que le Coran est le texte définitif sur lequel on doit juger de la vérité des révélations qui l'ont précédé. On lit dans le commentaire de Modhari .. "Ce qui est confirmé par le Coran doit être accepté comme vrai, ce que le Coran dément est faux ; ce dont le Coran ne parle pas, abstenez-vous de vous y prononcer, la chose étant susceptible d'être vraie ou fausse".

L'Imam EI-Bokhary rapporte une tradition du Prophète dans son livre Eshchahhadat (les Témoignages) avec un lsnad ; il donne cette même tradition dans "I'tisam" (le Refuge) avec un autre lsnad, et dans la "Réfutation des Jahmites" avec un lsnad différent. je le rapporterai d'après ces deux derniers ouvrages, en me servant des termes même du comment. D'El-Kastellany sur "L'I'tisam " . "Comment pouvez-vous avoir recours aux Juifs et aux Chrétiens, lorsque vous avez le Coran, que Dieu a révélé à son Prophète après leurs livres, et que vous lisez dans toute sa pureté originale. Dieu vous a dit comment les gens du Livre ont changé le livre de Dieu, comment ils ont écrit un ouvrage de leurs mains, qu'ils ont ensuite présenté comme provenant de Dieu, et cela par l'avidité du gain. La science que vous avez reçue ne doit elle pas vous empêcher de leur rien demander ? Non, pas Dieu, aucun d'eux n'est jamais venu vous demander ce qui vous a été révélé, à plus forte raison ne devez pas avoir recours à eux".

On lit aussi dans la "Réfutation des Jahmites" ces paroles du Prophète (saw) : "O Musulmans, comment pouvez-vous avoir recours aux Chrétiens et aux Juifs, quand le Livre, qui vient d'être révélé au Prophète, est la plus récente révélation de Dieu, et qui rien n'en a corrompu la pureté ? ..." Nous citerons aussi, de "l'I'tisam". ces paroles de Moâwia à l'égard de Kaâb-el-Ahbar. .. "C'est l'un des plus véridiques des rapporteurs de hadith. qui nous ont rapporté des choses concernant les gens du Livre ; cependant que de mensonges ne nous donne-t-il pas !" Moâwia n'accuse pas de mensonge Kaâb lui-même, que les compagnons du Prophète (saw) avaient en grande estime, mais il veut dire que les choses qu'il rapportait étaient fausses (c'est-à-dire, contraires à ce que dit le Coran) parce que les livres des Juifs sont altérés et corrompus. Il n'y a pas de Musulman qui, s'il voulait examiner le Pentateuque et l'Evangile, ne pût réfuter victorieusement les Juifs et les Chrétiens.

L'auteur du Livre connu sous le titre de "La Honte de ceux qui ont altéré l'Evangile' dit en parlant des Evangiles aujourd'hui reconnus par les Chrétiens, qu'ils ne sont pas les véritables Evangiles que Dieu avait révélé au Prophète, c'est-à-dire. Jésus-Christ. Il ajoute dans le même endroit . "Le véritable Evangile est celui qui est sorti de la bouche du Christ". En parlant ensuite des honteuse inventions des Chrétiens, il dit : "Paul vient ensuite qui leur déroba, par ses fraudes habiles, leur ancienne religion. Quand il vit que leurs esprits étaient susceptibles de recevoir tout ce qu'il leur présenterait. Ce fourbe (ainsi encouragé) effaça jusqu'au dernier vestige de l'ancienne Loi".

L'illustre Fakhr-Eddin Errazy dit dans son ouvrage "Les Questions Elevées". ( chap . IV. sect. 11) : .'Quant à la prédication de Jésus, il paraît qu'elle n'a laissé de traces que dans l'esprit d'un petit nombre d'adeptes, car il est certain pour nous qu'il n'a pas prêché la religion que professent maintenant les Chrétiens avec le père, le fils. et cette trinité qui est l'un des plus abominables blasphèmes que puisse imaginer l'ignorance. De pareilles croyances ne sauraient être professées par le plus ignorant des hommes, à plus forte raison ne peuvent elles pas avoir été enseignées par un prophète, aussi grand et aussi infaillible que le Christ. Nous croyons donc que Jésus n'a pas enseigné cette religion absurde, mais qu'il a prêché l'unité de Dieu, exempte de toute association ou pluralité de personnes. Ces principes restèrent dans l'obscurité. et n'eurent pas de propagateurs, d'où il résulte que le prédication de Jésus n'a point laissé de traces'-.

L'Imam EI-Qortoby dit dans son livre intitulé Exposition des Faussetés et des erreurs de la Religion Chrétienne'. .. .'Le livre que les Chrétiens appellent Evangile n'est pas celui dont Dieu a dit, en parlant à son prophète : « Il a révélé le Pentateuque et l'Evangile pour guider les hommes dans le droit chemin". L'auteur démontre ensuite cette proposition, et prouve que les Apôtres n'étaient ni inspirés, ni infaillibles, que les prodiges qu'on raconte d'eux ne reposent que sur des témoignages individuels sans valeur, et qui, même s'ils étaient vrais, ne prouveraient rien. parce que les Apôtres, eux-mêmes, n'ont jamais prétendu être des prophètes, et déclarèrent au contraire qu'ils ne faisaient qu'annoncer la venue du Christ.

En terminant, EI-Qortoby dit : "Il résulte de l'examen auquel nous venons de nous livrer que l'Evangile qui existe de nos jours n'est pas le véritable et que ceux qui nous l'ont transmis ne sont pas infaillibles. Si l'on admet que les rédacteurs ont pu être sujets à l'erreur, on ne saurait invoquer l'autorité de ce livre : on ne saurait accorder une foi implicite à tout ce qu'il contient. Cela suffit pour trancher la question, et il ne serait nécessaire de rien ajouter. Cependant. je veux bien examiner ce livre en détail. pour faire ressortir quelques-unes des contradictions, et des erreurs qui s'y trouvent'. Il passe ensuite à un examen détaillé de l'Evangile. au bout duquel il dit : .'Nous avons établi que le Pentateuque et l'Evangile ne méritent aucune confiance, et qu'on ne peut les invoquer comme des autorités décisives à cause des erreurs qui s'y sont glissées, et dont nous avons donné des exemples : et si l'on a pu corrompre à tel point les textes aussi importants et aussi connus, que penser des autres livres moins importants dont les Chrétiens invoquent l'autorité ?" Cet ouvrage d'EI-Qortoby se trouve dans la bibliothèque Couperly à Constantinople.

Le savant Maqrizy, qui vivait au 8 e siècle de l'hégire, écrit ce qui suit dans le 1er volume de son histoire : : Les Juifs prétendent que leur Pentateuque a été conservé sans altération aucune. et les Chrétiens disent que la version des Septante est exempte de toute corruption : ce que les Juifs nient. Les Samaritains prétendent de leur côté que le seul texte authentique de la Tora est le leur. Ces prétentions contraires, loin d'être propres à nous rassurer, ne font qu'accroître nos doute . La même divergence d'opinions règne parmi les Chrétiens au sujet de leurs Evangiles ; les Chrétiens ont quatre histoires du Christ réunies en un seul volume ; la première est l'œuvre de Matthieu, la seconde de Marc, la troisième de Luc, et la quatrième de Jean. Chacun de ces écrivains a composé son histoire dans le pays où il a prêché d'après ses connaissances particulières ; c'est pourquoi ces quatre histoires diffèrent entre elles beaucoup, et présentent même des contradictions sur la personne de Jésus, sa prétendue crucifixion, sa généalogie, chose inadmissible dans des écrits qui prétendent être véridiques.

En outre la secte des Marcionites, et celle des Ebionites possèdent, chacune un Evangile à elle, qui est, en partie, différent des quatre déjà cités ; les Manichéens ont, eux aussi, un Evangile qui contredit de fond en comble tous ceux des autres Chrétiens ; ils possèdent aussi un Evangile, appelé des Septante, qu'ils attribuent à Thomas, et que toutes les autres sectes chrétiennes refusent de reconnaître. Dans cet état des choses, et en présence de ces prétentions contradictoires, il est impossible d'arriver à une solution quelconque, et de distinguer le vrai du faux".

L'auteur du Kéchef Eddhounoun' dit en parlant de l'Evangile : "L'Evangile est le livre que Dieu a révélé à Jésus fils de Marie, que la paix soit sur tous les deux". Il démontre ensuite longuement que les quatre Evangiles ne sont pas l'Evangile original, et dit en terminant : "Ce que Jésus a prêché forme un seul Evangile, où il n'y a point de divergence et point de contradictions. Ces prétendus Evangélistes ont menti en faisant usage du nom de Dieu et de Jésus son prophète".

L'auteur du 'Guide de ceux qui sont embarrassés" (Délalet-El-hayara) dit : "La Tora qui est entre les mains des Juifs contient des corruptions, des interpolations, et des lacunes qui n'ont point échappé aux savants ; et ceux-ci savent d'une manière indubitable que cela ne peut se trouver dans le livre que Dieu a révélé à Moïse, ni dans l'Evangile qui a été révélé au Messie. Comment l'histoire de la crucifixion de Jésus pourrait-elle se trouver dans l'Evangile qui lui a été révélé ?

On peut faire la même demande à l'égard de la résurrection, et de tout ce qui est postérieur à la mort de Jésus. Tout cela est une addition faite par les Docteurs Chrétiens". Il ajoute : "Plus d'un savant musulman a fait connaître les interpolations et les erreurs de tout genre que l'on trouve dans ces livres, et il est facile de se procurer ces ouvrages. N'était la crainte de trop nous étendre, nous aurions cité ici quelques-uns de ces travaux". Ceux qui ont lu ce premier livre du présent ouvrage, verront que les affirmations des savants musulmans sont par leur vérité aussi éclatantes que le soleil à midi. Je ne veux pas trop insister sur ce point, je me bornerai à constater deux faits

1)     Que les savants protestants affirment quelquefois, pour donner le change au vulgaire qu'il y a des témoignages du 1er et du 2ème siècle qui attestent l'existence de ces Evangiles. et ils citent à ce propos Clément, Ignace, et d'autres docteurs du 2ème siècle.

2)     Que Marc a écrit son Evangile avec l'assistance de Pierre. Luc avec celle de Paul, et que Pierre et Paul étant inspirés, il s'ensuit que les Evangiles auxquels ils ont collaboré sont inspirés aussi. A cela nous répondrons que la question entre nous. porte sur l'existence d'une suite authentique de traditions (lsnad). Cela veut dire qu'un tel, homme digne de toute confiance, tient d'un tel, homme honorable aussi, que tel ouvrage est œuvre de tel apôtre ou de tel prophète, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on soit remonté, par une suite de témoignages dignes de foi, à la personne qui a été le témoin même du fait, qui a vu écrire l'ouvrage, ou l'a lu lui-même en présence de l'auteur, ou a entendu l'auteur déclarer ou reconnaître que le livre est son œuvre. Une telle suite de témoignages manque aux Chrétiens ; les autorités qu'ils allèguent sont de la fin du 2ème siècle ou du commencement du 3e ; avant cette époque il y a obscurité complète. On a répondu à cela (comme. par exemple, l'a fait le Rév. French pendant la discussion publique), que les persécutions auxquelles les Chrétiens furent en butte, pendant les premiers siècles jusqu'en 313, ont interrompu la chaîne des traditions. Nous ne nions pas que les témoignages d'Ignace et de Clément n'aient de l'autorité, mais nous ne saurions leur accorder une autorité décisive, pouvant tenir lieu d'une suite positive et authentique de traditions. Nous ne nions pas, non plus que les Evangiles n'aient été connus à la fin du 2ème siècle ou au commencement du 3 e , nous disons, seulement, que cette publicité était incomplète, et que rien n'était plus facile que d'altérer des textes peu répandus ; on verra la démonstration de cela au 2ème livre.

Il faut d'ailleurs savoir qui sont Clément et Ignace : sache donc que Clément, évêque de Rome, est auteur d'une Epître aux corinthiens, dont la date est controversée : l'archevêque de Canterbury croit qu'elle est entre les années 64 à 70 ; Le Clerc pense qu'elle est de 1'an 69 ; mais d'après Du Pin, Tillemont, et autres, Clément n'aurait été évêque qu'en 91 ou 93, ce qui contredirait les deux hypothèses précédentes. L'historien William Muir donne 1a date de 95 ; Lardner dit 96. La coïncidence de quelques versets de cette épître avec d'autres qui se trouvent dans les Evangiles a fait croire que Clément avait connu ces livres. Cette manière de voir me paraît devoir être repoussée pour plusieurs raisons :

1) La coïncidence de quelques passages ne prouve pas nécessairement qu'un auteur ait copié l'autre : ainsi quand ceux, que les théologiens protestants appellent des « Infidèles », affirment que la morale évangélique est la même que la morale des anciens philosophes, cela ne veut pas dire que l'une soit une copie de l'autre.

L'auteur de « L'ecco homo » dit :"La morale élevée de l'Evangile, dont les Chrétiens sont si fiers, est, mot par mot, celle qu'avait prêchée Confucius six cents ans avant la naissance du Christ. Ainsi Confucius dit dans son 24e précepte : « Faites aux autres ce que vous voudriez que les autres vous fassent ; vous n'avez pas besoin d'autre règle, si vous suivez celle-ci". Dans le 52e précepte il dit : "Ne demande pas la mort de ton ennemi ; cette demande est vaine, la vie est de Dieu'. Précepte 53 . 'Faites du bien à ceux qui vous en font, et ne faites pas de mal à ceux qui vous en auront fait'. Précepte 63 : « Nous pouvons quitter notre ennemi sans en tirer vengeance, les passions ne durent pas ». On trouve. de même, des préceptes de morale très purs dans les philosophes indiens, grecs et autres".

2) S'il était vrai que Clément eût copié les Evangiles, il aurait eu soin de reproduire fidèlement les passages qu'il transcrivit, mais on trouve, au contraire, entre l'Epître de Clément et les passages correspondants de l'Evangile. des différences qui prouvent, irréfutablement, que Clément n'a pas suivi les Evangiles, ou. s'il les a suivis, qu'il a eu connaissance d'un autre texte que celui que nous possédons, comme l'a reconnu Eichhorn au sujet du passage relatif à la voix entendue du ciel.

3) Clément avait été disciple des Apôtres, et en savait autant sur le Christ que Marc et Luc, il est donc plus probable qu'il ait suivi les traditions qu'il avait apprises à l'égal des Evangélistes eux-mêmes. Sans doute, le fait de l'existence des Evangiles serait incontestable, s'il y avait aveu formel de la part de Clément, mais nulle part il ne dit avoir emprunté un seul mot aux Evangélistes ; il ne dit pas non plus qu'il les connaît. Je citerai ici trois passages de cette Epître, comme un pendant de la Trinité :

1)     "Celui qui aime Jésus doit suivre ses préceptes". M. Jones croit que Clément a pris ce passage de l'Evangile de Jean (XIV. 15), où il est dit : "si vous m'aimez, gardez mes préceptes". C'est une erreur manifeste : nous savons que d'après tous les critiques, l'Epître de Clément ne peut pas avoir une date postérieure à l'an 96. Or l'Evangile est de 98, d'après Jones lui-même ; comment Clément aurait-il pu lui faire des emprunts ? Horne dit (Introd., vol. 1V. p. 30) : "Jean a écrit son Evangile en 97, selon Chrysostôme et Epiphanius parmi les anciens, et le Dr. Mill, Fabricius, Le Clerc, et l'Evêque Tomline parmi les modernes, ou en 98, d' après M. Jones". D'ailleurs, c'est une vérité d'intuition que l'amour sincère porte naturellement à suivre les préceptes de l'objet aimé. Le Dr. Lardner observe avec raison (Œuvres, vol. II. pp. 40) . "Mais je crois que cette référence est, pour le moins, douteuse. Clément savait très bien par les instructions publiques des Apôtres, ainsi que par ses conversations particulières avec eux, que la profession de l'amour du Christ obligeait les hommes à observer ses préceptes".

2)     On lit dans l'Epître de Clément ( 13) : "Tu feras ainsi qu'il est écrit car l'Esprit-Saint a dit que l'homme sage ne tire pas vanité de sa science, et rappelons-nous surtout ces paroles du Seigneur Jésus ... Soyez compatissants afin qu'on ait compassion de vous ; pardonnez, afin que l'on vous pardonne ; il vous sera fait ainsi que vous ferez . Il vous sera donné ainsi que vous donnerez, ainsi que vous jugerez vous serez jugés, et il vous sera mesuré ainsi que vous aurez mesuré aux autres". On dit que Clément a pris ces paroles dans Luc (VI. 36-38), dans Matthieu (VII. 1, 2, 12). Voici le texte de Luc : "Soyez donc miséricordieux, comme aussi votre père est miséricordieux. De plus, ne jugez point, et vous ne serez point jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés ; pardonnez, et on vous pardonnera. Donnez, et on vous donnera . on vous donnera dans le sein une bonne mesure, pressée et secouée, et qui se répandra par dessus ; car on vous mesurera de la mesure dont vous vous servez envers les autres". Voici maintenant les paroles de Matthieu . "Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du même jugement que vous aurez jugé ; et on vous mesurera de la même mesure que vous aurez mesuré aux autres. ... Toutes les choses que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-les leur aussi de même, car c'est là la loi et les prophètes".

3)     On lit dans l'Epître de Clément (46) : "Rappelez-vous les paroles du Seigneur Jésus, qui a dit : 'Malheur à ceux par qui les offenses viennent (sc. qui auront donné scandale), car il aurait mieux valu pour celui qui donne offense (scandale) à un de mes élus, qu'il ne fût point né ; il vaudrai mieux pour lui qu'on lui attachât une meule autour du cou, et qu'on le jetât dans la mer plutôt qu'il eût à scandaliser un de mes petits élus". On dit que Clément a copié ce passage de Matthieu (XXVI. 24, XVIII. 6), de Marc (IX, 42), et de Luc (XVII. 2).Voici le texte de Matthieu (XXVI. 24) : "Pour ce qui est du Fils de l'Homme, il s'en va, selon ce qui a été écrit de lui ; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l'Homme est trahi ; il eût mieux valu pour cet homme-là de n'être jamais né ;" (XVIII. 6), "Mais si quelqu'un scandalise un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attachât au cou une meule, et qu'on le jetât au fond de la mer". Marc (IX. 42) : "Quiconque scandalisera un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui mit au cou une meule de moulin, et qu'on le jetât dans la mer". Luc (XVII. 2) : "Il vaudrait mieux pour lui qu'on lui mit au cou une meule de moulin et qu'on le jetât dans la mer, que de scandaliser un de ces petits".

Après avoir cité les paroles de Clément et les passages correspondants des Evangiles, Lardner dit (Œuvres. II p. 37) . "J'ai transcrit tous les passages de l'Evangile afin qu'on puisse se former une opinion en connaissance de cause ;cependant on croit généralement que la dernière partie de ce passage se rapporte à Luc XVII.2". Ces deux passages de Clément passent pour les meilleures preuves de l'authenticité des Evangiles, à tel point que Paley se contente de les citer comme preuve décisive sans en chercher d'autres.

Cette prétention ne me paraît pas fondée, car si l'auteur avait suivi l'un des Evangiles, il eût certainement cité le livre qu'il suivait, ou du moins, il l'eût transcrit exactement ; le moins qu'on puisse exiger. C'est qu'il eût rendu le sens ;mais aucune de ces conditions ne se trouve accomplie, et rien ne saurait nous autoriser à croire qu'il y ait emprunt. Il n'y a, d'ailleurs, aucune raison de donner plus d'autorité à Luc qu'à Clément. Tous deux étaient disciples des premiers Apôtres, tous deux ne connaissaient le Christ que par ouï dire. S'il vous faut à tout compte admettre que Clément a puisé dans un écrit antérieur nous croirions plutôt qu'il l'aura fait dans un autre Evangile, comme il a puisé le passage relatif au baptême de Jésus dans un Evangile inconnu maintenant, ainsi que nous l'avons vu par les paroles du savant Eichhorn.

Nous pensons que l'Evêque Pearson n'a pas tort de croire que Clément ne cite personne, mais qu'il donne les paroles qu'il a entendues lui-même des Apôtres et de leurs disciples. Lardner dit à ce sujet (après le passage cité ci-dessus) : "Il y a, cependant, ici une difficulté ; et c' est une difficulté, que nous pouvons rencontrer souvent, en considérant les écrits de ces auteurs primitifs qui avaient vu de près les Apôtres, et les autres témoins oculaires de la vie de Jésus, et qui étaient aussi familiers avec la doctrine de notre Sauveur, et avec les détails de ses prédications, que les Evangélistes eux-mêmes ; à moins que leurs citations ou leurs allusions ne soient formelles et claires. Ainsi, dans ces passages, la question est de savoir si Clément a pris les paroles de Jésus, qu'il rapporte, d'un récit écrit, ou s'il ne fait que rappeler aux Corinthiens une tradition qu'ils ont entendue, comme lui, répéter aux Apôtres. Le Clerc a adopté la première de ces opinions, et l'Evêque Pearson la seconde.

Quant à moi, je crois que les trois Evangiles ont été écrits avant l'Epître de Clément, et qu'il n'est pas impossible que Clément les ait connus. Mais soit que Clément ait voulu citer les Evangiles, ou qu'il ait rapporté des faits qu'il connaissait personnellement, il est certain qu'il y a là un grand argument en faveur de l'authenticité des Evangiles. Si Clément a copié les Evangiles il n'y a plus de discussion ; s'il n'a fait que rapporter à sa manière le même fait, cette coïncidence donne une grande valeur au récit Evangélique, et démontre que les Evangélistes nous ont donné les mots mêmes par lesquels Jésus exposait sa doctrine.

Pour ce qui en est du point même en question, je crois que la plupart des savants, partagent les vues de Le Clerc. Quand Paul dit (Act. XX. 35) : 'Il faut se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui a dit lui-même : Qu'il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir', je crois qu'il est généralement admis que Paul n'a fait que rapporter une tradition connue des Disciples de Jésus, sans se référer à aucun récit écrit. Mais nous ne saurions toujours appliquer cette règle. Nous croyons que l'allusion à des traditions écrites est encore plus générale que l'autre.

C'est le système de Polycarpe et d'autres : il est probable. et même certain, qu'il transcrit les Evangiles". Il résulte de ces paroles de Lardner que les savants chrétiens en sont encore à débattre la question de la priorité des Evangiles à l'Epître ; il prétend que toutes les solutions sont également favorables à l'authenticité des Evangiles, ce qui ne nous paraît pas acceptable. Ce qu'on peut déduire, tout au plus, des pansages des Clément, c'est que les paroles en question, rapportées par les Evangiles, sont les paroles prononcées par Jésus ; mais cela ne prouve pas que tous les autres discours, que les Evangélistes lui attribuent, soient réellement de lui. Passons maintenant à Ignace, dont on invoque aussi le témoignage en faveur des Evangiles.

Lardner dit, dans le même volume déjà cité : "Eusèbe et Jérôme mentionnent sept Epîtres comme étant d'Ignace. Toutes les autres qu'on lui attribue passent maintenant pour apocryphes. Il y a deux copies, une grande et une petite, de ces sept Epîtres. Selon tous les interprètes, à l'exception de Whiston et de deux ou trois autres, la grande copie présente des additions qui ne sont pas de l'auteur. Après une collation attentive des deux manuscrits, je crois pouvoir affirmer que la grande copie n'est qu'un développement de la petite ; hypothèse qui se trouve confirmée par les citations des premiers pères, qui correspondent au texte de la petite copie. Reste une autre question : Les Epîtres sont-elle vraiment d'Ignace ? Les plus illustres interprètes ont exercé leur plume à ce débat, qui. pour moi, n'est pas encore résolu.

Ce qui me semble certain, c'est que le texte que nous avons est celui même connu par Eusèbe, et qui existait du temps d'Origène. Quelques passages de ces Epîtres ne peuvent pas avoir été écrits du temps d'lgnace, ce qui fait penser qu'ils sont des interpolations postérieures. Nous ne devons pas croire que toutes les Epîtres sont apocryphes pour cela. De même qu'il apparaît clairement que les Arianistes ont altéré la grande copie, de même, on peut supposer. que c'est eux aussi qui ont ajouté quelques passages à la petite, ce qui toutefois ne détruit pas l'authenticité du texte qu'elle renferme".

L'annotateur de Paley dit dans une note : « Il a paru, il y a quelque temps, la traduction syriaque de trois Epîtres d'lgnace, par les soins de Cureton. Cette publication nous permet d'affirmer que les petites Epîtres, éditées par Usher, renferment des interpolations". Plusieurs choses résultent des passages que nous venons de citer :

l) Que toutes les Epîtres attribuées à Ignace sont apocryphes à l'exception sept  qui portent son nom.

2) Que la grande copie est altérée d'après la généralité des critiques, à l'exception de Whiston, et de quelques-uns de ses partisans, et ne mérite aucune confiance.

3)Que la petite copie donne lieu à des doutes très graves, et présente, de l'aveu de ceux-là mêmes qui en soutiennent l'authenticité, des interpolations qui corrompent le texte et lui ôtent toute autorité. Il n'est pas impossible, dans cet état des choses, que cette copie ne soit l'œuvre d'un faussaire du 3e siècle, ce qui ne doit pas nous étonner, vu que cette pratique était non seulement usitée, mais considérée comme bonne dans les premiers siècles du Christianisme.

On a inventé plus de 75 Evangiles et Epîtres attribués à Marie, à Jésus, et aux Apôtres, pourquoi trouverions-nous surprenant qu'on eût forgé aussi sept Epîtres, et qu'on les eût attribuées à Ignace, de même qu'on a forgé un commentaire attribué à Tatien ? Adam Clarke dit dans sa préface : "Le commentaire original de Tatien est perdu, et celui qui existe maintenant sous ce nom est d'une authenticité fort douteuse". En admettant même que ces Epîtres soient d'Ignace, cela ne servirait de rien du moment que le texte en est altéré. On reconnaît qu'il s'y trouve des interpolations, qui nous assure que les passages, qu'on allègue en faveur de l'authenticité des Evangiles, ne sont pas aussi de ce nombre ? De la part de telles gens, cela ne doit pas nous étonner.

Eusèbe (Hist. IV. 23) rapporte ces paroles de Dionysius, évêque de Corinthe, au sujet de ses Epîtres : "Comme des Frères m'ont demandé d'écrire des Epîtres j'en ai écrit, mais les apôtres du diable les ont remplies d'ivraie, en y changeant quelques choses et y ajoutant d'autres ; un grand châtiment leur est réservé. Il n'est, donc, pas étonnant si quelques-uns ont tenté de corrompre les paroles du Seigneur, du moment qu'ils ont tenté la même chose sur des ouvrages qui ne méritent pas d'être comparés avec elles".

Adam Clarke dit dans sa préface : "Les grandes compositions d'Origène sont perdues, et il ne reste que ses commentaires. Cependant, la fréquence des mythes et des allégories qu'on y remarque ferait croire que ces travaux ont été remaniés après Origène". Le savant protestant Michel Mechaqa dit dans son ouvrage arabe intitulé, "Réponse de l'Eglise Evangélique aux Erreurs des Traditionnaires" (part. I. chap. X.) : "quant aux doutes qu'on avance à l'égard des ouvrages des anciens pères, nous allons les dissiper. Mais il nous faut auparavant donner quelques éclaircissements, pour ne point procéder au hasard, à l'exemple de nos contradicteurs. Ainsi l'Eucologe attribué à St. Jean Chrysostôme, et qui est récité dans les Eglises pendant le service de la consacration, présente autant de textes différents qu'il y a de rites.

Chez les Grecs orthodoxes, on demande au père Céleste d'envoyer son Esprit-Saint sur le pain et le vin en les changeant en chair et en sang ; mais les Grecs catholiques demandent à Dieu d'envoyer son Saint-Esprit sur le pain et le vin pour qu'ils se changent et se transsubstantient (se convertissent) en chair et en sang; mais sous le patriarcat de Maximos Madhloum , les derniers mots ont été remplacés par 'changés et convertis' pour s'éloigner de plus en plus des orthodoxes, qui prétendent que la transsubstantiation ne s'accomplit que par cette prière. L'Eglise Syriaque catholique dit : « Envoie ton Esprit-Saint sur ce pain qui est le mystère du corps de ton Messie », et on n'ajoute rien qui puisse faire croire à la transsubstantiation. C'est là peut-être le texte véritable de Jean Chrysostôme, car la doctrine de la transsubstantiation n'avait pas encore été nettement définie de son temps.

Mgr. Babita, évêque de Sai'da, qui causa un schisme au sein de l'Eglise orthodoxe et se fit Catholique, dit dans une allocution adressée au Sacré-Collège de Rome en 1722 : 'Je possède des Eucologes (rituels) de notre messe en grec, en arabe, et en syriaque ; je les ai comparés avec l'édition faite à Rome par les religieux de Saint Basile ; on n'y trouve aucun mot se rapportant à la transsubstantiation. Cette chose a été ajoutée au rituel de la messe orthodoxe par Nicéphore, Patriarche de Constantinople, et elle est vraiment ridicule, à la bien examiner'. Mais si en Eucologe, composé par un des pères les plus vénérés chez les Chrétiens de l'Orient et de l'Occident, et qui se récite journellement dans l'Eglise des différents rites, a pu être altéré et corrompu selon les vues et les intérêts des sectes et des partis, et avec cela continuer d'être effrontément attribué à l'auteur primitif, quelle garantie avons-nous que le même procédé de falsification n'a pas été appliqué aux écrits des autres pères ? Nous citerons ici un autre fait qui est à notre connaissance personnelle.

Le diacre Gabriel ElQobty, Grec-Catholique, avait corrigé la traduction du commentaire de l'Evangile de Jean par Chrysostôme sur le texte grec, travail qui lui coûta beaucoup de peines et de dépenses. Les docteurs de l'Eglise orthodoxe, les plus compétents en grec et en arabe, examinèrent ce travail à Damas, en reconnurent la scrupuleuse exactitude, et en prirent une copie avec soin et précision. Mais le Patriarche Maxime ne voulut pas en permettre l'impression, au couvent de Chouêir, avant de l'avoir fait examiner par le père Alexis, prêtre Espagnol, et par Youssef Jaâjâ, prêtre Maronite, qui ignoraient complètement le grec ; ces deux prêtres remanièrent la copie d'après le texte adopté par l'Eglise Romaine.

Après avoir ainsi gâté ce travail, ils apposèrent au bas leur approbation, et le Patriarche en permit alors la publication. A l'apparition de la 1ere partie, les orthodoxes la collationnèrent sur la copie qu'ils avaient prise de l'original, et qu'ils conservaient chez eux, y découvrirent les nombreuses altérations qu'on lui avait fait subir, et s'empressèrent de divulguer le fait, ce qui causa au pauvre Gabriel un chagrin si fort, qu'il en mourut". Plus loin le même auteur dit : "Citons encore, à ce propos, un livre arabe qui se trouve entre les mains de tous ; c' est le recueil des actes du Concile du Liban, approuvé dans toutes ses parties par le Sacré-collège, concile qui était composé de tous les évêques maronites, du patriarche et des docteurs de la nation, sous la présidence du délégué apostolique. Le dit recueil a été imprimé au couvent de Chouéïr avec l'autorisation des chefs de la communauté Grecque-Catholique.

Or, voici ce qu'on lit dans cet ouvrage : 'Il existe dans notre Eglise d'anciennes liturgies, qui, bien qu'irréprochables comme fond, n'appartiennent que par le nom aux saints auxquels on les attribue. Il en est d'autres composées par des évêques hérétiques, qui ont été introduites à dessein dans le texte par les copistes"' Michel Mechaqa ajoute : "Cet aveu, fait par tous les évêques maronites, que plusieurs parties de leurs liturgies sont des pièces fabriquées doit nous suffire". Il dit plus loin : "Nous savons ce qu'on a pu faire dans notre siècle éclairé où l'œil, sans cesse en éveil, des Gardiens de l'Evangile, retient les falsificateurs en échec ; que ne doit-on pas avoir osé du 5e au 7e siècle, lorsque les papes et les évêques, dont la plupart ne savaient même pas lire, constituaient pour ainsi dire un Gouvernement barbare et absolu, et que les Chrétiens de l'Orient étaient occupés à se défendre contre les violences et les oppressions des conquérants ?Mais ce que nous savons de ces temps-là ne peut que nous faire déplorer le sort de cette Eglise du Christ, qui était, alors, corrompue des pieds jusqu'à la tête".

Après cela peut-on encore douter de la vérité de mes affirmations ? Le Concile de Nicée n'établit que 20 canons. Et bien ! on a trouvé moyen de les altérer et de les augmenter aussi. Les Catholiques invoquent, pour établir la suprématie du Pape, les canons 37 et 44 de ce Concile. Voici ce qu'on lit dans l'ouvrage, "Les Treize Epîtres", publiées en 1849 (Ep. 11. pp. 68, 69) : "Le Concile de Nicée n'a établi que 20 canons, ainsi qu'on peut le voir dans Théodoret, dans Gélase. Dans le 4e Concile OEucuménique on ne cite que 20 canons du Concile de Nicée". De la même manière, on a composé de fausses Epîtres sous le nom de plusieurs papes, de Calixte, de Sergius, d'Alexandre.Le même auteur des "Treize Epître" dit, aussi, (Ep. 11. p. 80) . "Le Pape Léon, ainsi que la plupart des théologiens catholiques, reconnaît que les Epîtres attribuées à des papes sont fausses".

Examinons maintenant le second point, celui de l'inspiration des Evangiles de Marc et de Luc, auxquels, dit-on Pierre et Paul ont collaboré. Je dis qu'il y a ici une erreur grave au point de vue critique. Irénée a dit : "Marc, le disciple de Pierre, a écrit après la mort de Pierre et de Paul les choses que Pierre avait enseigne .es par ses Prédications". Lardner dit : "Je crois que Marc n'a pas écrit son Evangile avant 63 ou 64, car on ne peut raisonnablement assigner, à la résidence de Pierre à Rome, une date antérieure. Cette date s'accorde avec le témoignage d'Iréné, qui dit que Marc a écrit son Evangile après la mort de Pierre et de Paul. Basnage dit aussi que Marc a écrit son Evangile en 66, après la mort des deux Apôtres, qui, d'après cet historien, auraient souffert le martyre en 65".

D'après Irénée et Basnage, la composition de l'Evangile de Marc serait, donc, postérieure à la mort de Pierre et de Paul, et on ne peut accorder aucune autorité à la tradition, d'après laquelle, Pierre aurait collaboré à cet Evangile. C'est pourquoi l'auteur du "Guide de ceux qui cherchent la vérité" ( Mourshed-Ettalihin) dit, malgré sa partialité (p. 170, éd. de 1840) : "on a prétendu que l'Evangile de Marc a été écrit avec le concours de l'Apôtre St. Pierre". Cette expression, "on a prétendu", montre que dans la pensée de l'auteur cette tradition n'a pas de base. De même, Paul n'a pas pu voir l'Evangile de Luc, pour deux raison :

1) Parce que, d'après l'opinion générale des savants protestants, la composition de l'Evangile de Luc remonterait à l'année 63. On sait que c'est dans l'année 63 que Paul a été mis en liberté, et que depuis cette époque on ne connaît rien de son histoire ;on croit généralement qu'à sa sortie de prison, il alla en Espagne, et dans d'autres pays de l'Occident. On sait d'autre part que Luc a composé son Evangile en Achaïe, en Orient. L'opinion qui semble la probable, c'est que Luc envoya son Evangile à Théophile, auquel il le destinait, aussitôt après l'avoir terminé. L'auteur du "Mourched-Ettalibin" (p. 161) dit : "Luc a composé son Evangile en 63 en Achai'e". Rien ne prouve que Théophile eût vu Paul postérieurement à cette date, ce qui rend très invraisemblable la tradition que Paul ait pris connaissance de l'Evangile de Luc.

Horne dit ( Œuvres, vol. IV. p. 338, éd. de 1822) . "Luc ne nous ayant rien dit à l'égard de Paul après sa sortie (la sortie de ce dernier) de prison, on ne sait absolument rien au sujet de cet Apôtre, depuis l'année 63 jusqu'à sa mort". Lardner dit ( Œuvres, vol. V. p. 530, éd. 1827) . "Nous voudrions maintenant faire connaître l'histoire de St. Paul depuis ce moment (c'est-à-dire, sa sortie de prison) jusqu'à l'année 63. Mais Luc ne nous donne ici aucune indication, et les autres livres du Nouveau Testament ne nous fournissent que très peu de détails. les pères de l'Eglise sont tout aussi sobres de détails, de telle manière qu'on ne sait pas même dans quelle direction il est allé après sa sortie de prison". On ne sait donc rien sur cette partie de la vie de Paul, et rien ne nous autorise à croire qu'il ait visité les Eglises orientales.

On lit dans l'Epître aux Romains (XV. 23, 24) . "Et maintenant, ne pouvant plus habiter dans ces pays, et désirant depuis longtemps venir vous visiter, je vous verrai en allant en Espagne". L'Apôtre dit lui-même ici qu'il a l'intention d'aller en Espagne, et il est probable qu'il ait mis à exécution ce projet à sa sortie de prison. On lit dans les Actes (XX. 25) : "Je sais maintenant que vous ne me verrez plus, vous tous, auxquels j'ai prêché le royaume de Dieu". Cela démontre qu'il n'avait pas l'intention de résider en Orient. Clément de Rome dit dans son Epître aux Corinthiens que Paul, "ayant enseigné au monde la parole de la justification, est venu aux extrémité de l'Occident, et, ayant souffert le martyre, il s'en alla au lieu saint". Donc Paul n'a visité aucune Eglise d'Orient.

2) Lardner, après avoir rapporté les paroles d'Irénée, dit en outre ."Il résulte de l'enchaînement des phrases que la composition de l'Evangile de Luc est postérieure à celle de Marc, et à la mort de Pierre et de Paul". Ainsi donc, la tradition suivant laquelle Paul aurait connu l'Evangile de Luc, ne repose sur aucun argument sérieux. Elle serait vraie qu'elle ne prouverait rien, puisque, pour nous, Paul n'était pas inspiré, et il ne pouvait donner à d'autres ce qu'il n'avait pas lui-même.